Conversation avec le paysage (suite)

Monsieur Serge Tardy nous fait part de ses réflexions suite à la première séance du film de Sara Milliot  sur Félix Thiollier Conversation avec le paysage le jeudi 7 décembre au cinéma le Méliès.

Conversation avec le paysage

Tout est dit dans ce titre très évocateur, nous allons vivre les paysages des photos de Félix Thiollier, un précurseur, alternant avec des parcours réels, animés d’aujourd’hui sur le même sujet dans ce même cadre bucolique.

Félix Thiollier
La Mare
Photo (C) Musée d’Orsay, Dist. RMN-Grand Palais / Patrice Schmidt

Félix Thiollier est un jeune chef d’entreprise de la rubanerie stéphanoise, curieux des découvertes de son siècle. Très vite il se passionne pour la photographie comme il sut faire d’une rubanerie, une source de revenu  substantiel, il fit de la technique naissante de la photographie, un Art. Nous ne visionnerons là que ses paysages mais elle le suivit aussi dans ses recherches archéologiques ou sauvetage de chefs d’œuvre en péril, au côté de son ami Vincent Durant et ils seront ensemble d’éminentes personnalités et véritables chercheurs et pédagogues au sein de la jeune société scientifique d’Histoire et d’Archéologie de la Diana fondée en 1862 à Montbrison. Il n’est pas ministre, fonctionnaire, rentier, il est un entrepreneur, un découvreur !

<< Reprenons les chemins de la plaine, ses forêts, ses étangs, ses paysans mêmes ! Felix marcheur émérite, porte sa lourde chambre noire en bois, son trépied, dans son sac des plaques de verres, il sait parfaitement où il se dirige guidé par le soleil. Parfois son ami et maître en peinture, Auguste Ravier, le rejoint avec des cadres de toile vierge son chevalet et dans sa besace, ses pinceaux, ses brosses, ses boites de peinture et sa palette, nul bruit que le chant ici d’un merle là d’une bécasse fugitive, à pas lents car ils vont, tout regard, vers le site choisi. >>

Contrairement à l’art de peindre où l’artiste doit faire émerger de la lumière, l’art photographique, surtout en ses moments historiques, est de jouer avec la lumière, de la capter, passant alors comme le dessinateur du noir au blanc ou comme des graveurs dans les nuances de gris.

Tandis que son ami Ravier, le minéral, joue des couleurs de la terre, des argiles ocres et des ciels tragiques où se battent les énergies, la figuration s’efface pour une abstraction en mouvement !

Félix Thiollier
Un coin de jardin, Verrières
Photo (C) Musée d’Orsay, Dist. RMN-Grand Palais / Patrice Schmidter une légende

Felix s’arrête, il a remarqué, là, un point d’appui pour donner un départ à son paysage, souvent panoramique qui entre deux donnera une certaine profondeur, du relief car tout nous pousse au bout du regard, à la lumière dont la nature ne serait qu’un ornement comme les rubans autour d’une généreuse poitrine d’une belle dame. Il mettra ensuite beaucoup d’attention au développement, au rendu désiré ou du moins souhaité ; « il mettait dit-on 55 minutes par photo, on compte aujourd’hui près de 20 000 plaques » sa passion fut elle un art ? Elle fut aussi une véritable occupation d’artisan à plein temps avec talent.

Le film commenté par une belle voix grave se poursuit par un véritable choc pour cet homme  pourtant ouvert aux innovations mais  les pieds ancrés dans la terre.

En effet, nous avons quitté les forêts, les étangs, les paysans aux champs, leurs marmailles pour une toute autre contrée, il contourne la ville aux 7 collines Saint-Etienne en pleine croissance. Ce village s’étale rejoignant les villages voisins pour devenir grande ville, là s’élèvent les hautes cheminées des forges, ici celles des aciéries. Le tout inondé d’une poussière noire : la ville noire.

Félix Thiollier
Mineurs en marche, environs de Saint-Etienne
Photo (C) Musée d’Orsay, Dist. RMN-Grand Palais / Patrice Schmidt

Lui, il marche pas à pas sur cette terre éventrée, blessée, agonisante. Tout est noir et grisâtre, morne. Il fixe là son « paysage », passe un groupe de pauvres hères, quêtant de pauvres petits morceaux de houille pour se chauffer, sur les pentes des crassiers (terrils dans le Nord) qui entourent la ville et qui aujourd’hui sont en train de muter en une véritable petite forêt d’arbrisseaux vigoureux. La nature reprend ses droits et cache ses misères!

N’allez pas croire que le photographe, l’archéologue à ses heures joue le sociologue ! Il témoigne seulement de nouveaux paysages de son temps !
Nous devrons noter aussi quelques photos de ses essais expérimentaux couleurs selon le nouveau procédé des Frères Lumière comme Méliès en fut le premier cinéaste, une belle occasion en ce lieu de le rappeler.

Bravo et merci à tous, pour ce parcours qui est un choix judicieux parmi tant de chemins possibles d’un « artiste de son temps » face aux peintres qui n’avaient pas dit leurs derniers mots et ne prenaient pas la photographie pour un art !

<<Ces paysages de Felix Thiollier on se les arrache à New-York me dit-on ?>>

La prochaine étape est peut-être d’oser décrire ce personnage à multiples facettes que trop de bavardages déforment, homme des grandes marches, humaniste,  intellectuel profondément concret, rigoureux, sévère en famille, peu intéressé par la vie mondaine et le luxe, travailleur mais, économe, que sait-on de toutes ses curiosités et relations parisiennes ?

Il fuit la ville et installe sa famille à la campagne mais passe beaucoup de son temps à Paris : paradoxe ou conscient que si les innovations naissent en province c’est à Paris qu’on les consacre ?

Il voulait faire de la Diana une véritable société scientifique à la manière des anglais qui sur les mêmes bases apportaient déjà, en son temps, des encouragements, des savants et mécènes aux universités de la Grande-Bretagne. Il savait notamment que les fouilles en Forez méritaient qu’on s’intéresse au passé celte et romain plus à fond, qu’il fallait relever nos monuments en périls et que de là sortiraient des flux de curiosités propices au progrès. Quant à l’argent, aux bénéfices d’innovations, de ventes, ils ne devaient servir à aller plus loin dans les connaissances et les curiosités infinies pour le bien, le dynamisme de l’humanité entière :

-la foi des vivants ! Felix Thiollier était d’abord cela UN VIVANT !

Félix Thiollier
Porche en pierre 16e-17e siècle devant un bâtiment de ferme
Photo (C) RMN-Grand Palais (musée d’Orsay) / Hervé Lewandowski

              << Oui, pour lui, la culture était ce qu’il restait de ses curiosités >>

                                                                                                             Serge Tardy

Je regrette de n’aller plus en détail mais une seule vision du film ne me permettait pas d’aller plus loin. Peut-être ai-je dépassé les limites ?

Toutes les photographies de l’article proviennent du site Images d’Art de la Réunion des Musées Nationaux (RMN) accessible à l’adresse suivante : http://art.rmngp.fr/fr

 

 

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